Kommentar

La patiente annexion de la Palestine

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Michel Bührer /  Les sionistes n’ont jamais abandonné le concept d’un Etat sur toute la Palestine selon les archives israraéliennes déclassifiées.

„Prenez ce qui vous est offert. Pour le reste, vous pouvez vous en occuper plus tard“. Selon le média en ligne „The Times of Israel“, c’est par ces mots que le ministre israélien de la défense Benny Gantz a tempéré le 9 juin dernier la bronca des colons israéliens devant l’annexion proposée par Benjamin Netanyahou, limitée à une partie seulement de la Cisjordanie. «Pour le reste“ signifie bien sûr „de la Cisjordanie“. Voir plus dans l’esprit des colons.
L’étendue du territoire a été au cœur du projet sioniste dès avant la création de l’Etat d’Israël. En 1919, l’Organisation sioniste mondiale voyait la „patrie“ (homeland) s’étendre à l’est jusqu’à la ligne ferroviaire reliant Damas à Amman, l’actuelle capitale de la Jordanie. Vingt ans plus tard, le „plan Peel“ présenté par les Anglais, puissance mandataire, prévoyait la partition de la Palestine entre juifs et arabes. Ces derniers refusèrent, tout comme la grande majorité des dirigeants sionistes qui exigeaient de pouvoir s’installer sur les deux rives du Jourdain.
David Ben Gourion, qui allait devenir le principal artisan de la création de l’Etat hébreu, partageait ce but mais il était plus tactique : „Je vois dans la réalisation de ce plan (…) le levier le plus puissant pour la conquête graduelle de toute la Palestine“. Cette citation est tirée du livre „La naissance d’Israël, mythes et réalités“ de l’historien et politicien israélien Simha Flapan, décédé l’année de la parution de son ouvrage en 1987. Celui qui se décrivait comme un „ardent sioniste socialiste“ a largement exploré (comme d’autres) les archives déclassifiées de l’Etat, pour conclure à propos des mythes fondateurs d’Israël, que „les documents à disposition non seulement ne les confirment pas, mais les contredisent ouvertement“.
Premier de ces mythes, le mouvement sioniste aurait accepté le plan de partition des Nations Unies de 1947, qui prévoyait la création d’un Etat israélien et d’un Etat palestinien liés par une union économique, et l’abandon par les sionistes du concept d’Etat sur toute la Palestine. Les Arabes refusèrent la partition. L’Agence juive l’approuva, mais „n’a jamais eu l’intention d’accepter l’établissement d’un Etat palestinien indépendant lié économiquement avec Israël“, conclut Simha Flapan sur la base des documents déclassifiés. La position de Ben Gourion à propos du plan Peel restait d’actualité : „Après la formation d’une grande armée dans le sillage de l’établissement de l’Etat, nous abolirons la partition et nous nous élargirons sur l’ensemble de la Palestine“.
Des guerres de conquête
Face à des armées arabes belliqueuses mais mal équipées, peu motivées et désorganisées, la „guerre d’indépendance“ de 1948-1949 se transforma ainsi rapidement en guerre de conquête. La majorité des pertes israéliennes en hommes eut lieu en dehors des frontières attribuées à l’Etat hébreu. Son territoire passa de 56 à 78 pourcent de la Palestine mandataire. La guerre des Six jours, en 1967, donna l’occasion à Israël d’occuper (entre autres territoires) la Cisjordanie. Le Jourdain était atteint.
Il a fallu toutefois trouver des justifications à ces conquêtes. Le besoin de “frontières sûres“ pour garantir la sécurité d’Israël en est une. Elle est pratique car chaque frontière peut exiger une nouvelle conquête pour la sécuriser. Deux autres raisons sont régulièrement invoquées : le „droit historique“ et le retour du peuple juif sur la Terre promise.
Dans son ouvrage „Comment la terre d’Israël fut inventée“ (2012), Shlomo Sand, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Tel Aviv, déconstruit savamment ces notions, sources historiques et théologiques à l’appui. Le „peuple juif“ descendant des premiers Hébreux est une invention, écrit-il (c’est l’objet de son livre précédent), car la majorité des juifs d’aujourd’hui sont issus de conversions massives au cours des siècles. De plus, selon Shlomo Sand, „les juifs n’ont pas subi un exil forcé de Judée (…) et ils n’ont donc pas accompli d’efforts pour y revenir“ au cours des millénaires. Jusqu’au mouvement sioniste, la „terre d’Israël“ était un concept métaphysique plus que géographique. La dimension „nationale“ juive justifiée par un „droit historique“ a été fabriquée à la fin du 19ème siècle pour servir le projet sioniste, au sein duquel cette notion a d’ailleurs fait débat.
«La promesse biblique»
Reste la promesse biblique du retour à la Terre promise, une thèse basée sur une croyance et sujette à interprétation. Or elle se heurte frontalement aux fondements même du judaïsme, comme le rappelle parmi d’autres Yakov Rabkin, professeur d’histoire à l’université de Montréal, dans son ouvrage „Au nom de la Torah : Un siècle d’opposition juive au sionisme“ (2004). Pour la majorité des orthodoxes, le retour sur cette terre sans intervention divine, (voire la création d’une „nation“ juive), constitue une instrumentalisation du judaïsme, un blasphème au nom de la Torah contre lesquels ils n’ont pas eu de mots assez durs.
David Ben Gourion, lui, était visionnaire et pragmatique. A la fin de la guerre de 1948-49 il constatait : „Nous avons libéré un très large territoire, plus que nous le pensions, … nous avons du travail pour deux ou trois générations. Pour le reste, nous verrons plus tard“ … Benny Gantz en a pris de la graine.
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Israelische Siedlungen im Westjordanland

Quelle: B’Tselem / BBC
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