Pendant ce temps en Palestine…

Michel Bührer © mb
Michel Bührer / 18. Nov 2020 - Des colonies israéliennes terrorisent les Palestiniens pour les empêcher d’accéder à leurs oliveraies ou détruisent leurs arbres.

Israël a conclu en septembre des «accords de paix» avec deux pays avec lesquels il n’était pas en guerre, les Emirats arabes unis (EAU) et Bahrein. En octobre il a négocié un accord de normalisation avec le Soudan, en réalité avec un gouvernement intérimaire divisé sur la question. Le tout chaperonné en grande fanfare par les Etats-Unis. Premier effet visible, la possible vente par ces derniers d’armement sophistiqué aux EAU. Et comme les Etats-Unis garantissent à l’Etat hébreu un avantage militaire inconditionnel dans la région, on peut en conclure de nouvelles livraisons d’armes en sa faveur. Voilà pour la paix.

Pendant ce temps en Palestine, grande absente de ces accords, la saison de la récolte des olives a commencé. Les oliveraies couvrent environ 57 pourcent de la Cisjordanie, y constituent la part principale des revenus de quelque 100'000 Palestiniens et représentent environ un quart du revenu agricole des territoires occupés. L’olivier joue aussi un grand rôle dans la culture et l’histoire des Palestiniens et symbolise leur attachement à leur terre.

Pour certains habitants des colonies israéliennes implantées (illégalement au regard du droit international) en Cisjordanie, cette période est l’occasion de pratiquer une de leurs activités favorites : terroriser les Palestiniens pour les empêcher d’accéder à leurs oliveraies, les en chasser lorsqu’ils y travaillent ou détruire leurs arbres. L’Office des Nations unies pour les affaires humanitaires a dénombré 33 incidents durant les premières semaines de la récolte, entre le 9 octobre et le 2 novembre. Ils se sont soldés par 25 blessés côté palestinien, quelque 1000 oliviers brûlés ou endommagés ainsi que par le vol de larges quantités d’olives.

La méthode la plus expéditive est de couper les arbres. C’est ce qui est arrivé à ceux de Musa Abu Hashhash, du village d’Al Jab’ah dans le district d’Hébron, selon le témoignage recueilli par l’organisation israélienne des droits de l’homme B’tselem. Plus de 300 de ses oliviers ont été coupés entre le 10 et le 13 octobre, juste avant qu’il commence la récolte.

C’est aussi ce qu’a pu constater Musa Abu Alia lorsqu’il a atteint son oliveraie au nord de Ramallah le 26 octobre dernier pour cueillir ses fruits : une centaine de ses arbres avaient été sciés à la tronçonneuse. Pour lui, aucun doute : il s’agit de l’œuvre des colons des environs, qui se répète chaque année. Lui-même n’a accès que deux fois par année à sa terre, dont une pour la récolte, moyennant une permission des autorités militaires israéliennes. Il explique que sur les 600 arbres qu’il a plantés en 1982, il en reste une quinzaine. Abu Alia a porté plainte (dont les journalistes du quotidien israélien Haartez, qui rapportent l’incident, ont vu copie) mais la police assure ne l’avoir pas reçue. Elle n’enquête donc pas. Selon une étude de l’organisation israélienne Yesh Din, seules 8 pourcent des plaintes déposées à la police israélienne par des Palestiniens en raison de violences commises par des civils israéliens en Cisjordanie entre 2005 et 2019 ont débouché sur des inculpations. Très souvent, les victimes ne déposent même plus plainte.

Interrogé par Swissinfo pour un article paru le 29 octobre sur les violences et les destructions dues aux colons, le porte-parole du Yishuv (l’organisation qui les représente) a répondu que la plupart des accusations venaient de «sources douteuses». Qu’il s’agisse de dommage aux cultures, d’attaques comme celle effectuée près de Naplouse par les colons d’Elon Moreh contre les cueilleurs du village palestinien de Deir al Hatab le 20 octobre ou de harcèlement directement contre des villages palestiniens comme à Asira al Qibliya près de Naplouse le 23 octobre, l’impunité des assaillants est systématique. Selon Haaretz, les habitants de la colonie de Yitzhar, qui domine le village d’Asira, ont transformé tous les environs en zone de guerre, et pas seulement durant la saison des olives. «Vendredi et samedi sont synonymes d’attaques des colons» à coup de pierres contre le village palestinien, écrit le quotidien. L’armée israélienne, postée non loin, regarde faire ou appuie les colons lorsque les villageois se défendent.

Tous ces incidents (parmi d’autres) ont eu lieu depuis la signature des fameux «accord de paix». La violence, qui a augmenté cette année, est tellement récurrente que le respecté Haaretz lui a consacré un éditorial le 21 octobre dernier. Il concluait : «Ces pogroms ont lieu au nom de tout Israël et Israël dans son ensemble en porte la responsabilité». En laissant les colons agir sans contrôle, l’Etat «révèle son grand dessein caché – pousser les Palestiniens hors des territoires occupés».

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