Frank Luntz von den konservativen Fox News hat den Propaganda-Diktionär verfasst © fox

Israels Handbuch zum Manipulieren der Medien

Michel Bührer, Genf / 11. Sep 2014 - «Es kommt nicht darauf an, was man sagt, sondern wie es verstanden wird»: Eine geheime Anleitung zur Desinformation wurde publik.

Red. Journalistinnen und Journalisten sollten dieses israelische Handbuch gelesen haben, bevor sie über den Konflikt mit den Palästinensern schreiben. Die neuste Version des «vertraulichen» Handbuchs wurde nach der letzten militärischen «Operation» in Gaza im Jahr 2009 verfasst. Unser Genfer Korrespondent Michel Bührer hat es gelesen.

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Comment Israël parle au monde

Pas facile de faire bonne figure dans une guerre lorsque la majorité des victimes dans le camp adverse sont des civils, et parmi eux quantité d’enfants. L’appareil de communication d’Israël peut s’inspirer du manuel rédigé en 2009, juste après la dernière grande attaque contre Gaza. Un must pour les journalistes.

«Que feriez-vous si votre pays était bombardé durant des jours et des jours?». Voilà sans doute l’une des phrases les plus souvent entendues dans la bouche des politiciens et porte-parole israéliens depuis l’offensive contre la bande de Gaza début juillet. Réponse suggérée: vous feriez comme nous. Cette formule, comme d’autres déclinées en de multiples variantes, semblent toutes faites. Rien d’étonnant à cela, elles sont inspirées par un ouvrage à l’usage des «leaders visionnaires qui sont sur la ligne de front de la guerre médiatique pour Israël», comme l’indique le texte d’introduction. Le manuel s’appelle «Dictiornnaire de langage global». Il a été publié par «The Israel Project» en 2009, juste après la dernière grande attaque contre Gaza (2008-2009). Il faisait suite à une première version parue en 2003.

The Israel Project (TIP) lui-aussi est né en 2003. Sur son site internet, il se présentait alors comme un organisation utilisant toutes les «techniques de communication proactives» pour «améliorer l’image d’Israël, réduire l’antisémitisme et promouvoir la fierté envers Israël et le peuple juif», en relation notamment avec les porte-parole principaux d’Israël et des «activistes pro-Israël dans le monde entier», tout en étant «non partisan».

Aujourd’hui TIP a poli son image. Il annonce plus sobrement être une «organisation éducative non-partisane américaine» dont le but est d’informer les médias et le public sur Israël et le Moyen-Orient, selon son site. Il se présente comme une source «d’informations détaillées et précises».

«Montrer de l’empathie»

Le fameux Dictionnaire a été rédigé par l’Américain Frank Luntz, spécialiste des sondages, consultant politique de longue date pour le parti républicain et analyste pour la très conservatrice chaîne de TV anméricaine Fox News. Il conclut la courte préface de son manuel en rappelant le titre d’un de ses livres. «Ce n’est pas ce que vous dites qui compte. C’est ce que les gens entendent». Chacune des 116 pages du manuel porte la mention «Propriété de The Israel Project. Pas pour distribution ni publication». Le magazine Newsweek en avait rapidement obtenu une copie en 2009, mais les médias se sont peu intéressés au document, qui les concerne pourtant au premier chef. Cinq ans plus tard, d’une guerre de Gaza à l’autre, l’ouvrage garde tout sa saveur

Le «dictionnaire» s’articule en 18 chapitres. Chacun donne des conseils généraux ainsi que des exemples de «mots qui fonctionnent» (Words that work) à l’adresse des opinions publiques, mots dont l’auteur propose même un glossaire. Au chapitre consacré à Gaza, Frank Luntz avertit que le sujet est sensible. Même si 74% des Américains (selon son propre sondage) estiment qu’Israël est moins en sécurité maintenant que lorsqu’il contrôlait Gaza, «ils attendent toujours d’Israël qu’il agisse avec retenue envers la population palestinienne». Exlu donc de commencer par «qui a fait quoi en premier» ou par un «discours sur la pertinence de la proportionnalité». Il faut cadrer le conflit comme «quelque chose qui doit être stoppé, qui fait du mal aux deux peuples». La clé, c’est de montrer de l’empathie (il ne dit pas avoir de l’empathie). Ailleurs dans le texte, il précise: «La séquence de votre discours est cruciale et vous devez commencer de l’empathie pour les DEUX camps avant tout». Il importe en conséquence de bien séparer le Hamas de la population «car beaucoup d’Américains sympathisent avec le sort des Palestiniens, et leur sympathie va augmenter si vous ne faites pas la différence».

Message difficile à articuler aujourd’hui, dans une société israélienne radicalisée où fleurissent les messages racistes et les appels au crime contre «les Arabes». Dans une tribune libre sur le média en ligne Ynet le 5 août dernier, le major général de réserve Giora Eiland, ancien chef du Conseil national de sécurité israélien, estimait qu’il n’y avait aucune différence à faire entre civils et militants du Hamas.

L’exemple de Gaza

Frank Luntz propose une technique classique pour se sortir des questions embarassantes sans y répondre: répliquer par des questions réthoriques. Pour Gaza, l’exemple qu’il donnait il y a cinq ans nous est familier: «Que doit faire Israël? Imaginez, si des milliers de roquettes étaient tirées sur votre communauté chaque jour et chaque nuit? Que ferait votre pays? Que voudriez-vous qu’il fasse? N’avons nous pas le droit de protéger nos citoyens?» Au risque, minime il est vrai, de se voir retourner une autre question réthorique: «Que feriez-vous si votre pays vivait un blocus depuis sept ans, totalement étouffé économiquement par une puissance qui transforme votre territoire en prison à ciel ouvert?»

L’opinion américaine veut voir une lumière au bout du tunnel qui justifie son soutien à l’Etat hébreu, souligne le manuel. Il est donc important de marteler qu’Israël est engagé pour la paix (c’est la «carte maîtresse»). Comme preuve, il propose de rappeler qu’«Israël a fait des sacrifices douloureux et a pris des risques pour donner une chance à la paix» en se retirant de Gaza en 2005. En réalité c’est faux, mais l’essentiel est que l’interlocuteur en conclue qu’Israël ne peut pas prendre le risque de se retirer d’autres territoires en Cisjordanie. Dans une interview au quotidien israélien Haartez paru en octobre 2004 (peu avant le retrait), le conseiller principal du premier ministre Ariel Sharon, Dov Weisglass, donnait une autre explication: «Le sens du plan de désengagement [de Gaza], c’est le gel du processus de paix. (…) Il fournit la quantité de formaldéhyde nécessaire pour qu’il n’y ait pas de processus politique avec les Palestiniens».

Eviter les revendications religieuses

Le document passe en revue tous les points sensibles de la communication d’Israël, et ils sont nombreux. La solutions des deux Etats? Il faut en parler («important mais pas réaliste maintenant»), car 78% des Américains (sondage Luntz) et la majorité des Européens sont pour. Et toujours en distinguant le Hamas de tous les autres Palestiniens. Mais attention, «il faut éviter d’utiliser la revendication religieuse» comme motif pour conserver des territoires. Cela donne une «image extrémiste d’Israël aux yeux des non-religieux».

Il faut aussi soigneusement éviter de parler des frontières en termes de «avant ou après 1967», mais plutôt évoquer des «frontières défendables» (en clair: à fixer selon les exigences sécuritaires définies par Israël). La question ultra sensible des colonies en Cisjordanie est évidemment désamorcée, avec un cynisme désarmant. Exemple: «les Israéliens n’ont-ils pas le droit de vivre parmi les Palestiniens? Il y a bien des Arabes qui vivent en Israël». De plus, les implantations sont importantes pour la sécurité d’Israël, elles sont dans des zones militaires sensibles (ce qui est vrai, mais l’argument est peu utilisé, il revient à dire que les civils sont volontairement placés aux avant-postes de l’armée).

Jérusalem, la barrière «de sécurité», le droit au retour, l’aide militaire, les Nations Unies, les Arabes israéliens font l’objet, parmi d’autres d’un chapitre détaillé. Avec toujours la même recommandation: il faut donner une réponse simple à une question compliquée, et la répéter, répéter, répéter. Car ce n’est pas ce qu’on dit qui est important, c’est ce que l’autre entend. Et c’est ainsi que se construit l’histoire officielle du pays.

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Dieser Beitrag erschien auf französisch im Edito/Klartext

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Themenbezogene Interessen (-bindung) der Autorin/des Autors

Keine. Michel Bührer ist als Korrespondent bei der Uno in Genf akkreditiert.

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3 Meinungen

http://www.webcitation.org/query?url=http%3A%2F%2Fwww.newsweek.com%2Fmedia%2F70%2Ftip_report.pdf&date=2009-08-06
Werner Meyer, am 11. September 2014 um 12:15 Uhr
Dass Israel ein solches Handbuch benützt, glaube ich gerne und traue es ihm auch
zu. Die Lösung kann aber kaum sein, solche Finten zu verbieten - ganz einfach weil
ein solches Verbot nicht durchsetzbar wäre. Besser ist, vorab die Journalisten
auf die Leseart solcher «Handbücher» einzufuchsen und speziell zu verlangen, dass
die Aussagen beider Seiten im ungefähr gleichen Umfang angehört werden müssen und zwar bevor der betreffende Artikel als durckreif erklärt wird.
P. Spätig
Paul Spätig, am 11. September 2014 um 17:22 Uhr
Ganz normale PR, wer etwas anderes annimmt, hat noch nie mit offiziellen Verlautbarungen sogar auch des Kantons Aargau zu tun gehabt. Noch Fragen?
Pirmin Meier, am 12. September 2014 um 10:34 Uhr

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