Palais de Rumine à Lausanne, intérieur © Wikimedia Sailko

Palais de Rumine à Lausanne, intérieur

Une chance pour Lausanne et la Suisse

Christian Müller / 20. Feb 2015 - Bientôt 100 ans se sont écoulés depuis le «Traité de Lausanne» prévoyant le déplacement forcé de deux millions de personnes.

Une incitation à la réflexion!

L'année 2014 était celle du 100ème anniversaire du début de la Première Guerre mondiale. C'était l'occasion de nombreuses rétrospectives et analyses. Comment une telle catastrophe a-t-elle été possible? Y a-t-il des coupables? Qui aurait pu l’empêcher? Bon nombre d'historiens ont essayé d'apporter des réponses à ces questions. Et leurs livres ont trouvé beaucoup de lecteurs et de lectrices: la guerre, hélas, est de nouveau un sujet qui préoccupe les gens.

Dans trois ans déjà, on pourra «fêter» la fin de la Première Guerre mondiale pendant laquelle 17 millions de personnes ont trouvé la mort selon des estimations concordantes.

Quelles leçons en a-t-on en a tirées?

Traités de paix sans effets durables

A peine plus de 20 ans plus tard, la Deuxième Guerre mondiale a éclaté - un indice clair que les différents traités de paix signés après 1918 - les traités de Versailles, de Saint-Germain-en-Laye, de Neuilly-sur-Seine, du Trianon et de Sèvres n'ont pas eu l'effet escompté: garantir la paix.

Dans le traité de Sèvres du 10 août 1920, l'Empire ottoman - qui faisait parti des vaincus de la Première Guerre mondiale - a été considérablement rétréci par le diktat de l'Entente victorieuse. A l'ouest, des parties de l'Empire ottoman ont été attribuées à la Grèce; à l'est, l'Arménie et la Mésopotamie (le futur royaume d'Iraq) ont été déclarées Etats indépendants. D'autres grands territoires ont été placés sous mandat français ou britannique. Le but était de détruire définitivement l'Empire ottoman en affaiblissant sa puissance. Aussi la délégation de l'Empire ottoman n'a-t-elle signé le traité qu'avec des vives protestations et le parlement turc ne l'a jamais ratifié.

La guerre entre la Turquie et la Grèce continuait

En même temps, la Turquie et la Grèce étaient en guerre. La Grèce, l’une des puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale, voulait profiter de l'occasion pour reconquérir complètement la côte ouest de l'Anatolie. Elle n'y a pas réussi, au contraire. Rien que lors de la reconquête d'Izmir par les Turcs, 40'000 Grecs et Arméniens ont été tués et des quartiers entiers brûlés. Pour Turcs et Grecs - définis non par des critères ethniques, mais religieux - il n'était plus guère possible de continuer à vivre ensemble.

Ainsi, le traité de Sèvres est devenu lettre morte et a été remplacé par le traité de Lausanne. Ce traité prévoyait qu'environ 1,3 millions de citoyens turcs appartenant à la foi orthodoxe grecque soient forcés d’émigrer en Grèce et que parallèlement environ 500'000 citoyens grecs appartenant à la foi musulmane soient déplacés en Turquie.

L'échange contraint de presque deux millions de personnes a été négocié pendant des mois au château d'Ouchy et le traité fut signé, le 24 juillet 1923 au Palais de Rumine, entre la Turquie d'une part, la France, le Royaume d'Italie, le Royaume-Uni, l'Empire du Japon, le Royaume de Grèce, le Royaume de Roumanie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes d'autre part: un événement historique qu'il ne faut pas laisser tomber dans l'oubli.

La foi comme critère d'appartenance «nationale»

Sans entrer dans les détails, le traité de Lausanne était basé sur l'hypothèse que le déplacement forcé de millions de personnes conduirait à la paix. On partait de l'idée que la guerre était la conséquence de la différence de religions. Or c'est exactement ce sujet - presque cent ans plus tard - qui est à nouveau d'une actualité brûlante. La conception de l'Etat séculier où différentes confessions peuvent coexister pacifiquement est remise en question si l’on considère les affrontements militaires dans le conflit israélo-palestinien ou – plus récentes - les actions belliqueuses en Iraq et en Syrie. Mais aussi dans des pays asiatiques plus lointains, en Malaisie par exemple, ainsi qu’en Afrique occidentale, où se mènent des guerres cruelles et sanglantes au nom de la foi.

En considérant la carte géographique des religions on voit très clairement qu'il n'y a que peu de frontières nationales qui coïncident avec des frontières d'appartenance religieuse nettement définies. En traçant des frontières selon le critère de l'appartenance religieuse on prépare - qu'on le veuille ou non - la guerre.

Un défi pour Lausanne et la Suisse

Le 100ème anniversaire du traité de Lausanne en 2023 offre la chance à Lausanne, au canton de Vaud et à la Suisse de promouvoir une réflexion approfondie sur cet événement. Il faut envisager au minimum une commémoration internationale, un congrès réunissant des historiens du monde entier et une grande exposition documentaire. L'université devrait y contribuer par des recherches supplémentaires et des thèses, y compris en collaboration avec d'autres universités en Suisse et à l'étranger. Les différentes communautés religieuses résidant à Lausanne pourraient apporter leur contribution sous forme d'un lieu de rassemblement pacifique de toutes les croyances.

Huit années de préparation à partir de 2015

La Suisse est prédestinée pour l'organisation d'un tel anniversaire. Elle a réussi (jusqu'à maintenant) à garantir que des hommes et des femmes de toutes croyances puissent vivre ensemble en paix. Il n'y a guère d’autre pays qui, de ce point de vue, jouisse d'une plus grande crédibilité internationale.

Une période de huit ans pour organiser une telle commémoration est adéquate. A quand alors la réunion du syndic de la ville de Lausanne, Daniel Brélaz, du recteur de l'université de Lausanne, Dominique Arlettaz, et de la Conseillère d'Etat responsable de la culture, Anne-Catherine Lyon pour en discuter?

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Hier zur deutschen Fassung

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Themenbezogene Interessen (-bindung) der Autorin/des Autors

L’auteur est docteur en histoire. L'auteur remercie Walter Rohner de la traduction de son texte.

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